Marre de la « bonne bouffe » ?

Dans une société où chacun cultive sa propre acception du « bien manger », les passages au supermarché tournent souvent au casse-tête, et les repas de famille à l’empoignade générale. Face au normes alimentaires qui se multiplient, comment faire perdurer le plaisir de se mettre à table ?

https://www.franceculture.fr/emissions/les-bonnes-choses/marre-de-la-bonne-bouffe

Ne pas manger trop gras, trop sucré, trop salé... Et si on en perdait le goût de manger ?

Ne pas manger trop gras, trop sucré, trop salé… Et si on en perdait le goût de manger ?

La cuisine est partout et elle a la côte. Les chefs sont les nouvelles rocks stars. On ne compte plus les couvertures de magazine sur les cuisiniers (comme le Magazine du Monde fin décembre sur « la folie Yotam Ottolenghi »  du nom de ce chef anglo-israélien dont les livres sont des best-sellers ou la une de Society le mois dernier intitulée « La grande bouffe »). 

Seulement voilà : à l’heure des recommandations pour « bien manger », préserver sa santé tout en faisant attention à la planète, acheter ses aliments et les consommer vire parfois au casse-tête. Manger sain est-il devenu une injonction contemporaine ? Le bien manger est-il compatible avec la notion de plaisir ? Sommes-nous encore libres de nous nourrir comme bon nous plait ? Nous réfléchissons à ces questions avec nos deux invités : 

Alexandre Cammas, critique gastronomique et co-fondateur du Fooding : 

Il y a du bon dans la « street food », dans les grandes tables et dans les bistrots. Nous allons chercher le bon là où il est, loin des questions de classe. L’idée est de ne pas subir le grand ordre du goût, avec les grandes cuisines et les petites cuisines. Il faut savoir du Kebab aux Relais & Châteaux sans complexe. 

On peut parfois entendre des gens qui se disent gastronomes et qui t’expliquent : « tu ne sais pas manger ». C’est insupportable. J’ai créé le Fooding pour dire aux vieux critiques gastronomiques : « j’ai le droit de dire ce que j’aime, et ce que je pense ».

Il y a des régimes qui peuvent nous déshumaniser. Si le pape du bon goût nous dit un jour qu’il faut arrêter définitivement de manger de la viande, ça changerait le rapport de l’homme à l’élevage et à ce qui l’a fait homme. Ce qui m’intéresse, c’est la liberté qu’il nous reste pour s’amuser, et pour se sentir humain.

Eric Bourliez, sociologue de l’alimentation et ingénieur agronome : 

Il y a une forte montée des inquiétudes autour de ce qu’on mange. Comme ci, soudain les individus prenaient conscience qu’ils avaient donné les clés du camion à des acteurs qui n’ont pas respecté le code de la route. Mais cette volonté de prendre en main son alimentation est aussi très positive.

Nous sommes dans une société qui a tendance à opposer les gens : il y a d’un côté le bon, le sain, le local et de l’autre le reste ne vaudrait rien. C’est là qu’on tombe dans la culpabilisation.

La dimension de plaisir et de lien social est très importante. Nous sommes en train de perdre, avec tous les particularismes alimentaires, ce qui fait le plaisir de se retrouver à une table et de partager ensemble un même repas. Les sectes alimentaires sont la négation de l’alimentation, qui peut se résumer ainsi : se nourrir, se réjouir et se réunir.

Pour aller plus loin :

Et vous qu’en pensez-vous ?

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