DANS LA PRESSE…

La 5 G « Il ne faut pas avoir une vision fataliste »

est président de l’Autorité de Régulation des Communications électroniques, des Postes et de la Distribution de la Presse (Arcep).Sébastien Soriano

1 « pour »

Selon vous, la France ne doit pas prendre de retard dans le déploiement de la 5G. Pourquoi ?

Beaucoup de secteurs économiques vont dépendre de la 5G. Cette avancée technologique, qui va accélérer les échanges de données, est essentielle au déploiement de l’internet des objets. Les réseaux ont connecté quelques milliards d’humains. Demain, ils relieront des dizaines de milliards d’objets : voiture connectée, réseaux électriques intelligents, télémédecine, etc. Si la France, ou l’Europe, prend du retard sur la 5G, elle risque de pénaliser toute son économie.

Dans un monde encore plus numérisé, les flux de données seront démultipliés. N’est-ce pas contradictoire avec l’objectif recherché de sobriété énergétique ?

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L’impact écologique du numérique est une préoccupation croissante. Mais il ne faut pas avoir une vision fataliste : chaque nouvelle technologie n’est pas forcément plus consommatrice d’électricité ni plus émettrice de gaz à effet de serre que les précédentes. Les réseaux 5G sont conçus pour optimiser la consommation d’énergie. L’« edge computing » permettra de stocker des données plus près des utilisateurs, ce qui évite d’aller les chercher « trop haut » dans le réseau. En outre, les antennes 5G cibleront les appareils connectés en fonction des besoins plutôt que d’envoyer un signal indifférencié, comme c’est le cas aujourd’hui.

Mais ces gains seront négligeables au vu de l’explosion des flux…

L’infrastructure n’est responsable que d’une partie de la dépense énergétique du numérique. Nous travaillons aussi à rendre plus transparentes les informations sur ce point afin que le consommateur puisse faire des choix vertueux. A mon sens, la concurrence est le meilleur levier pour discipliner le marché. L’offre évolue toujours sous la pression des utilisateurs. L’application Yuka a bien obligé la grande distribution à modifier la composition de nombreux produits ! C’est aussi cela le rôle d’un régulateur comme l’Arcep.

Ne sommes-nous pas engagés dans une fuite en avant pour rester compétitif au niveau mondial ?

La technologie n’est pas bonne ou mauvaise en soi. C’est aux gouvernements, issus du vote des citoyens, d’en définir les limites. Ce n’est pas parce que l’intelligence artificielle permet d’affiner la reconnaissance faciale qu’il faut installer des caméras à chaque coin de rue… Mais la surconsommation énergétique n’est pas le seul risque. Nous sommes aussi très attentifs aux dangers des monopoles (comme ceux des Gafam) et des atteintes à la vie privée. Pas question de vivre dans un capitalisme de surveillance dans lequel des géants du numérique nous espionneraient à travers nos appareils connectés. Le politique fixe le cadre. Notre devoir consiste à le faire respecter.

Propos recueillis par RÉMI NOYON

2 « contre »Pourquoi êtes-vous contre le déploiement de la 5G ?

La 5G est un bel exemple d’économie « poussée ». Personne ne réclame de pouvoir télécharger son film en deux secondes plutôt qu’en une minute. Du coup, les promoteurs de cette technologie mettent l’accent sur l’usine du futur, la domotique et la voiture autonome… Selon eux, la 5G doit permettre de déployer l’économie de demain, plus numérisée, plus rapide, plus high-tech. Mais ces promesses d’un monde rendu meilleur par toujours plus de progrès technologique sont en décalage complet avec les réalités économiques et les ambitions écologiques. Cela oblige donc le discours pro-5G à dramatiser : parce que nous serions engagés dans une course vitale, il n’est pas question de prendre du retard. Et on nous parle déjà de la 6G… C’est du « techno-solutionnisme » béat !

Les défenseurs de la 5G assurent qu’elle permettra de gagner en efficacité énergétique…

Ils oublient juste l’effet rebond. Certes, la dépense énergétique, par octet transmis, décroîtra. Mais la quantité de données échangées augmentera massivement, balayant tout espoir d’économie. En Asie, les débuts de la 5G ont multiplié par trois à quatre les dépenses énergétiques du réseau d’antennes. A l’échelle française, cela représente plusieurs gigawatts de puissance supplémentaire. A l’heure où il faudrait réduire nos émissions de gaz à effet de serre, c’est une catastrophe environnementale, rien de moins. N’oublions pas non plus la logique propre aux infrastructures : une fois que celles-ci sont installées, la vie quotidienne en devient dépendante. Dire que l’on pourra en brider les usages ou les encadrer politiquement est illusoire.

Refuser la 5G, n’est-ce pas risquer de perdre du terrain, notamment par rapport à la Chine ?

Non. D’abord, la viabilité économique de la 5G est loin d’être évidente. En Corée du Sud, les opérateurs télécoms tirent la langue. Car il faut réaliser des investissements massifs pour des revenus espérés très incertains. Un déploiement massif et rapide de la voiture autonome est loin d’être évident. Cela fait un quart de siècle qu’on nous bassine avec la domotique ou avec l’internet des objets, mais je ne suis pas certain que les consommateurs fantasment sur le réfrigérateur qui fait les courses tout seul… Sans parler du fait que les budgets des ménages, dans un monde tendu par les inégalités, ne sont pas extensibles à l’infini. Ensuite, la crainte d’une vassalisation économique par des pays plus avancés comme la Chine masque le risque, bien plus réel, d’une vassalisation technologique : les équipementiers chinois sont largement dominants sur le marché de la 5G… Enfin, étendre l’emprise du numérique sur nos vies et multiplier les objets connectés, c’est rendre le pays plus vulnérable aux cyberattaques.

Propos recueillis par R.N.

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POUR OUVRIR LE DÉBAT SUR LA CANTINE SCOLAIRE à MOREUIL

https://www.arte.tv/fr/videos/083964-019-A/le-dessous-des-cartes-alimentation-la-mondialisation-dans-nos-assiettes/

Ce programme est disponible en vidéo à la demande ou DVD.
émission du samedi 14/12/2019 (10′)

La DÉMOCRATIE CAPTURÉE par le MARCHE

https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/figures-juridiques-de-la-democratie-99-la-democratie-capturee-par-le-marche

(18/12/2019)

Gastronomie solidaire / La répartition des richesses

https://www.arte.tv/fr/videos/088472-083-A/28-minutes/

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